vendredi, 02 mars 2012

Quand ça veut pas baisser, ça veut pas baisser

 

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Encore une journée de hausse. Même si les articles hyper-prudents et recommandant de dégager du marché le plus vite possible avant l'inévitable correction, sont légion dans les journaux, le marché, lui ne semble pas avoir les même lectures. Hier nous nous sommes encore offert une journée de hausse donnant le droit à l'année 2012 d'être le meilleur début d'année pour l'EuroStoxx 600 depuis 1998. Autant dire dans une autre vie.

 

Tout d'abord désolé de vous avoir lâchement laissé tomber hier, la fièvre de la grippe saisonnière et ses traditionnels 39,5 a eu raison de mes velléités à me lever à 4 heure du matin pour écrire. Sans compter qu'en tremblant et en claquant des dents sur mon clavier le texte ressemblait plus à ça : fjoiahphè hr fphèhèa ihafè0hh h0èhar0hèbàU8ZBR HFAèèHèH... qu'à autre chose, pas très constructif donc.. Mais ce matin comme je suis repassé sous la résistance des 39 et entamé un trend baissier en direction des 38, support que je compte bien enfoncer dans la matinée, je suis de retour.

 

107364_600.jpgLa journée d'hier fût marquée par une avalanche de donnée économiques et aussi par pas mal d'auctions, qui, bien que nettement moins populaires médiatiquement qu'il y a 3 mois, reste toujours un sujet intéressant de conversation autour de la pizza de midi. Tout à commencé avec l'ISM Manufacturing Chinois qui sortait à 51, soit mieux que les 50.5 du mois précédent, mieux que les attentes des analystes qui attendaient 50.9, bien que restant assez poussif pour un pays qui est censé être le moteur de croissance du monde. Néanmoins comme dans les théorèmes économiques, quand l'ISM sort en dessus de 50 nous considérons qu'il y a de la croissance, ce fût considéré comme une première bonne nouvelle.

 

Depuis quelques semaines, il faut savoir qu'il y a des nouvelles catégories dans la classification des nouvelles boursières. Voici comment ça se passe :

 

  1. Il y a la petite bonne nouvelle, celle qui pourrait éventuellement faire peur et nous mettre le doute et nous dire que faut faire gaffe parce que la prochaine fois ça pourrait être moche. Celle-ci déclenche des signaux d'achat dans la tête des investisseurs, parce que finalement, ça ira mieux demain.

  2. Il y a la bonne nouvelle tout court, celle qui ne souffre d'aucun doute. Celle-là déclenche l'ouverture des vannes des comptes étrangers et tout le monde veut acheter. Des troupeaux de bulls sont lâchés et la chasse aux ours est ouverte, Roubini devient alors le clown du marché

  3. Il y a la très bonne nouvelle, celle-là provoque une vague de petites annonces sur internet, tout le monde vend ce qu'il peut (Pc, voiture, mère, chien, chat, club de foot) afin de pouvoir acheter des actions. A ce stade-là, l'ours est un animal en voie de disparition.

  4. Il y a aussi la mauvaise nouvelle, celle-là demande une vérification approfondie, on passe donc deux heures à vérifier si elle est correcte et puis on oublie de continuer à vérifier parce qu'entre deux il y a une bonne nouvelle et il faut vite aller acheter le marché.

 

Attention, cette classification est valable aujourd'hui et ne le sera peut-être plus demain car l'investisseur est un animal qui peut changer d'attitude très rapidement.

 

Toujours est-il qu'en ce moment le moindre repli est prétexte à acheter et personne ne veut être le premier à quitter le marché de peur de se retrouver parmi ceux qui regardent la hausse depuis leur canapé sans avoir la moindre action en portefeuille. Depuis que je fais ce métier j'ai appris pas mal de choses, mais il y en a une qui me reste en tête, c'est la suivante : « Etre « long » dans un marché qui baisse, c'est dur, mais être « short ou flat » dans un marché qui monte, c'est affreux »..

 

107312_600.jpgAprès les chiffres économiques chinois, nous avons entamé la journée avec les marchés européens et son lot de nouvelles. Moody's ne savait pas quoi faire pour faire parler d'eux alors ils ont annoncé qu'ils downgradaient le rating de Peugeot sur « junk » (ou grosse daube en français), juste au moment où Peugeot annonce son deal avec GM et les restructurations qui vont avec. Il ne manque plus que Peugeot ait peut-être signé le deal du siècle et Moody's aura fait la connerie de l'année, mais bon en même temps ils les alignent (les conneries) et sont payés pour ça, alors une de plus ou de moins, qui s'en préoccupe encore. En tous les cas, sur le downgrade de Moody's j'achèterais bien des Peugeot moi... Adecco a augmenté son dividende de 64%, la bonne nouvelle aura fait monter le titre de 8.5% sur la séance.

 

Et puis on a brièvement reparlé de la Grèce, le pays s'est fendu d'un bonus d'austérité de 3.2 milliards et puis le Premier Ministre a refusé catégoriquement que l'Europe lui impose un « contrôleur de gestion » officiel en provenance de l'Union Européenne afin de « superviser l'économie grecque ». C'est un peu dommage, car en faisant jouer les relations de Draghi, ils auraient pu lui envoyer un team de chez Goldman Sachs, peut-être même le même team qui avait restructuré la dette grecque en son temps. Ça aurait été idéal, ils connaissent le terrain et avaient été TELLEMENT efficace au match aller...

 

Nous avons ensuite pris le temps de se consacrer aux auctions de la matinée. Les français et les espagnols ont vendu pour 12.5 millions d'euros d'obligations et tout s'est très bien passé. De plus le rendement de la dette italienne à deux ans est passé sous les 2%, ce qui carrément une bonne nouvelle. A partir de là, la journée était sur des rails et l'Europe était partie pour terminer en hausse et puis c'est tout.

 

Aux USA, on attendait également pas mal de chiffres. C'est les « jobless claims » qui ouvraient le feu avec des demandes d'emploi qui étaient au plus bas depuis 2008. Pour autant que les calculs fait avec un boulier au département de l'économie soient corrects. Ce qui est le cas une fois sur mille, mais peu importe, hier ça suffisait pour mettre le rating de cette annonce sur « bonne nouvelle ». Puis direct derrière l'ISM Manufacturing est sorti à 52.4%, en janvier il était à 54.1% et les analystes attendaient 55%. Mis à part le fait que les « analystes prévisionnistes » se sont complètement gourés une fois de plus, en temps normal cette annonce aurait été classée dans les « mauvaises nouvelles », mais comme depuis quelques mois nous sommes contaminés par la fièvre bovine, la publication de l'ISM a été classée dans les « petite bonnes nouvelles », parce que c'est quand même en-dessus des 50% et que ça veut dire que le pays est en croissance après tout...

 

Pendant ce temps le secteur financier était en plein euphorie et c'est dans ce groupe qu'il fallait chercher la performance hier, puisque les bonnes nouvelles en provenance d'Europe – rapport aux auctions – laisse flotter un vent d'optimisme parmi les bancaires et autres assurances. Nous avons également eu droit aux ventes de voitures, tous les constructeurs américains ont pulvérisé les attentes, même si, quand on regarde dans le détail tout n'est pas si rose, les chiffres d'hier sont plutôt plaisant. Le Construction Spending était en très légère baisse, mais qui se préoccupe encore de l'immobilier.

 

Tout se passait donc pour le mieux et nous nous dirigions paisiblement vers une belle journée de hausse. C'était oublier que depuis quelques jours, le seul truc qui pourrait éventuellement-peut-être-et-encore-c'est-même-pas-sûr faire du mal au marché c'est le prix du baril. Toute hausse violente et injustifiée fondamentalement (pour autant qu'il y ait des fondamentaux sur le pétrole) peut se répercuter méchamment sur le S&P500 et ses frères. C'est ce qui s'est produit en fin de journée hier.

 

Selon la presse Iranienne et le blog Arab Digest (des sources toujours hyper-fiables), un pipeline aurait explosé en Arabie Saoudite. Le baril a immédiatement pris l'ascenseur pour aller chercher rapidement les 110.50$. La hausse subite du baril mettait immédiatement la pression sur les indices (pression légère il faut le reconnaître) et nous perdions rapidement une partie du terrain gagné. Heureusement, quelques minutes avant la clôture l'Arabie Saoudite a démenti la nouvelle, le marché a pu remonter et le pétrole rebaisser. Ce matin le baril se traite à 108.48$.

 

Mais ça ne s'arrête pas là. Ce soit-disant pipeline qui a explosé risque de faire encore parler de lui. En effet, selon certains site internet, l'explosion a vraiment eu lieu, photos à l'appui et l'Arabie Saoudite étoufferait l'affaire car l'explosion aurait été provoquée par des émeutiers liés au printemps arabe. Le printemps de l'an passé. Ceci restant à prouver étant donné que les photos sont prises en plein jour et que, sauf erreur quand il c'est le début de l'après-midi à New York, il fait déjà nuit à Abu Dhabi. Peu importe, de toute manière l'explosion d'un pipeline ne justifie pas 3$ de hausse sur le baril.

 

L'or est à 1723$ et digère sa correction de mercredi. Cependant après cette forte baisse le métal jaune aura pu compter sur plusieurs témoignages de soutien et de recommandation d'achat. C'est donc simplement une marche de ratée dans l'ascension de l'objectif des 2'000$.

 

Dow Jones 12,980 +28 +0.22%

Nasdaq 2,989 +22 +0.74%

S&P 500 1,374 +8 +0.62%

 

FTSE 100 5,931 +60 +1.02%

CAC 40 3,500 +47 +1.37%

DAX 6,942 +86 +1.25%

FTSE MIB 16,831 +479 +2.93%

IBEX 8,548 +82 +0.97%

 

Nikkei 9,779 +71 +0.74%

Hang Seng 21,596 +208 +0.97%

Shanghai 2,565 +24 +0.93%

S&P ASX 4,362 +16 +0.36%

 

Ce matin l'Asie est en hausse, le pétrole n'est pas remonté à 110 pendant la nuit, les financières sont sur un nuage et comme le yen est relativement faible, les exportatrices sont bien disposées. Et puis on monte toujours sur le fait que les auctions d'hier se sont bien passée, le carburant des bonnes nouvelles est beaucoup plus efficace et dure bien plus longtemps que celui des mauvaises qui tient à peine 2 heures.

 

Il n'y a pas vraiment de grandes nouvelles ce matin. Cependant il vrai que pas mal de monde s'interroge sur l'avenir du marché et tout le monde cherche une raison pour croire à la continuité du bull market, tout en se disant au fond d'eux-même que ce n'est quand même pas possible. Il y a déjà un parallèle que l'on peut tirer, c'est le Crash Confidence Index. Cet indice a été mis au point pas l'Université de Yale et demande aux investisseurs si ils pensent que nous aurons un crash prochainement... Historiquement il a plutôt bien fonctionné, puisque la dernière fois qu'il était si bas qu'aujourd'hui, c'était au début de l'année 2009, pas besoin de vous faire un dessin sur ce qui s'est passé ensuite.

 

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Et puis les experts se lancent sur le challenge et prennent des paris sur l'avenir. Hier, Monsieur Birinyi a estimé que nous verrons les 1700 points sur le S&P500 encore cette année. Ça fait près de 25% plus haut, si il a raison, il va falloir ne pas rater le train et choisir les bonnes valeurs. Et puis un éditorialiste de Marketwatch, Chuck Jaffe, nous rappelle la prédiction d'un fund manager, aujourd'hui décédé, qui avait annoncé que le Dow Jones atteindrait 116'200 en ...2040. A l'époque (1995) la prévision paraissait ridicule, en pleine bulle spéculative de l'an 2'000, les gens disaient « pourquoi pas » et depuis, il se marraient en parlant. Oui, sauf qu'aujourd'hui, au rythme ou ça monte et sachant que depuis cette prévision le Dow Jones aura progressé de 6.75% par année. Si on se projette dans le future, ça fait 117'000 à l'horizon 2046...

 

Vous l'aurez compris, tous les Bulls sont de sortie et ce n'est jamais bon signe, cependant si l'on regarde qui est bullish et qui est bearish, les « meilleurs » stratégistes sont dans le camps des bovidés.. Reste à espérer qu'ils restent « les meilleurs ».

 

Et puis je suis tombé sur un article très intéressant qui reprend les commentaires de Art Cashin (UBS) qui revient sur le violent et extrêmement rapide « sell-off » de la journée de mercredi. La raison de cette baisse était le commentaire de Bernanke qui visiblement ne veut pas de QE3, mais la vitesse avec laquelle a réagi le marché a laissé pas mal de traders dubitatifs. On même commencé à parler d'ordres déclenché par un ordinateurs équipé d'intelligence artificielle. Autant vous dire que déjà que les systèmes de trading automatisés (flash trading et consors) nous pourrissent déjà monstrueusement la vie, si en plus on laisse les ordinateurs décider de par eux-même sur le marché, je peux vous dire que le film Terminator prends toute sa saveur. On va se faire massacrer par les machines et en commençant par le marché boursier. Une chose est certaines CHAQUE fois que l'on a fait confiance UNIQUEMENT à la technologie dans la finance, on s'est fait démonter propre en ordre à terme... Mais visiblement on n'apprend pas. Contrairement aux ordinateurs.

 

http://www.businessinsider.com/art-cashin-artificial-inte...

 

Nous sommes au début du mois de mars et l'on commence à se demander si le mois sera un mois pivot comme souvent. On peut sortir toutes les statistiques que l'on veut la réponse on l'aura fin mars. En revanche, les chiffres que l'on commence à avoir, sont ceux des bonus. Cette année, c'est la merde. Les concessionnaires Ferrari ET Lamborghini vont faire la gueule à Manhattan, les bonus devraient ou sont en repli de 13% par rapport à l'an passé. Bon, moi je m'en fout l'an passé j'avais pas de bonus et cette année non plus. Mais toujours est-il que le plus surprenant c'est que les bonus sont baisse de 13% soit, c'est dur pour tout le monde, mais là où le bas blesse, c'est que les revenus des banques sont en baisse de bien plus que ça. A New York, les banques ont engrangé 13.5 milliards de profits, c'est bien, mais c'est nettement moins que les 27 milliards de l'an passé. Et si je prends mon boulier de collection, 13.5 milliards ça fait juste la moitié de 27... non ?

 

Donc, il y a quand même bien quelqu'un qui se fait avoir dans l'histoire ? Non ??? Ou alors est-ce que c'est les CEO qui se sont sacrifiés pour compenser la différence ??? ou alors y-a-t-il eu autant de licenciements que cela ? Ceci m'interpelle quelque part.

 

Dans la foulée, un article de Bloomberg revient sur le stress subit par ces « top shots » de la finance qui se retrouve avec moins d'argent que l'an passé et fait le tour de leur souffrance psychologique. Il parle du fait que c'est bien plus facile de réduire son train de vie quand on doit de passer de 50'000 Francs par à 40'000, plutôt que 500'000 à 400'000... C'est affreux. On presque envie de pleurer, surtout quand on aborde le sujet des charges pour deux chiens qui frisent les 17'000$ par an.. Bref, c'est horrible à lire et insoutenable. Je vous donne tout de même le lien, mais faites attention, c'est vraiment à ne pas donner à lire à n'importe qui, il faut avoir l'estomac bien accroché.

 

http://www.bloomberg.com/news/2012-02-29/wall-street-bonu...

 

 

Hier soir un analyste qui couvre Apple a déclaré que l'iScreen ou la TV selon Apple sera probablement le plus gros « coup » d'Apple depuis l'iPad. Le design et le contenu devrait faire un carton et l'Apple TV devrait envahir les salon du monde entier rapidement. Vivement le 7 mars que l'on en sache plus – si ils nous donnent un os à ronger à ce moment là..

 

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Aujourd'hui c'est vendredi et ils ont jugé qu'il y avait eu assez de chiffres économiques pour cette semaine, du coup c'est relâche.

 

Pour le moment les futures américains sont inchangés. Ce qui donne assez envie de partir prendre le soleil au bord du lac plutôt que d'aller s'asseoir devant des écrans, mais la fièvre ne va pas me donner le choix. Je m'en vais donc réintégrer mon desk et espérer que la journée nous donne deux trois choses intéressantes et que tout ne soit pas déjà terminé pour la semaine. Dans l'attente de vous retrouver lundi, je m'en vais vous souhaiter un excellent week-end et un très bon mois de mars.

 

Bonne journée et à lundi.

 

Morningbull

 

It's leap day tomorrow. This is God's way of punishing us by making the election year even longer.” –Jay Leno

 

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