mardi, 28 février 2012
Le mur des 13'000
Pour ceux qui ont déjà couru un marathon dans leur vie, il y a un truc dont tout le monde parle, c'est le mur des 30 kilomètres. En finance on n'avait pas ce genre de chose, sauf depuis que l'on essaye de passer au-dessus des 13'000. Globalement le marché est en forme et refuse de baisser et pourtant, soudainement en face de cette barrière psychologique que sont les 13'000 points, les investisseurs refusent l'obstacle. En même temps comme ils ne veulent pas vendre non plus les quelques actions qu'ils ont en portefeuille, on reste autour de cette zone comme une âme en peine. On passe bien quelques instant au-dessus pendant la journée, mais à la fin quand on range ses affaires, on n'arrive pas à tenir et à afficher ce chiffre qui n'a plus été vu en clôture depuis le 19 mai 2008. Alors il est vrai qu'en effaçant cette date des calendriers ça pourrait faire peur car nous tirerions tout de même un trait sur 4 ans de marché pourri et pas mal de souvenirs moyennement agréables.
Mais tout de même, on ne peut quand même pas rester ici comme des andouilles en attendant je ne sais quoi. Sans compter qu'il y a plein de casquettes et de T-shirts « DOW 13000 » qui ont été imprimés et ça serait quand même couillon de ne pas pouvoir les porter cet été pendant les matchs des Yankees.
Hier le Dow Jones aura passé la plupart de sa journée au-dessus des 13'000, après avoir mal commencé la séance. Le vote du parlement allemand qui confirmait les 130 milliards pour la Grèce, les chiffres de l'immobilier et les données manufacturières de je-ne-sais-plus quel Etat des USA qui étaient meilleurs que prévu a fait que le marché US est reparti à la hausse, mais dans les dernières secondes, une vague de trouille a fait tourner le marché et les investisseurs ont largué les « big names », faisant clôturer le Dow Jones juste sous les 13'000. Caramba ! Encore raté.
Par contre dans les commentaires de ce matin on a le plaisir de lire que le Dow Jones a terminé en baisse, mais que l'on se rassure, le S&P500 terminait en hausse, lui... oui, en hausse de 2 points et 0.14%. A ce rythme-là, on devrait atteindre les 1500 sur le S&P500 autour du mois d'août 2034, donnant naissance du même coup au « bull market » le plus lent de l'histoire.
L'Europe a vécu une séance en sens inverse par rapport aux USA, on a commencé au fond du trou, s'effritant même encore un peu plus durant la matinée, alors que BFM Radio devenait LE SPECIALISTE du Cinéma Français, puisque depuis l'Oscar de Jean Dujardin, le cinéma français a pris une nouvelle dimension, la Radio financière ne voulait pas être en reste et a du coup passé plus de temps à parler cinéma que finance. Pendant ce temps le marché s'effritait avec les automobiles qui étaient victimes de prises de profits après leurs « run » de la semaine passée et les financières, parce quand quelque chose baisse, il faut FORCEMENT vendre les financières. Même si Warren Buffet avait fait des commentaires positifs sur le secteur durant le week-end, les intervenants s'en foutaient totalement sachant que l'on ne peut tout de même pas comparer la BNP avec Wells Fargo.
Et puis quand les américains ont ouvert en baisse on s'est conforté dans notre stratégie vendeuse se rassurant sur le fait que ce marché ne pouvait plus monter. Sauf que quand le marché US est reparti à la hausse, on s'est courageusement assis sur nos convictions et les indices européens ont commencé à galoper derrière les ricains. L'Europe aura donc terminé en baisse, mais moins mal que prévu puisque l'on remontait durant les dernières heures.
Mais globalement il faut reconnaître que l'on ne sait plus trop quoi faire à ces niveaux. Le coeur des investisseurs balance entre deux choix.
Choix numéro un, celui de ne pas rater un éventuel « secular bull market » qui pourrait nous ramener plusieurs années en arrière et nous conforter dans l'idée que la tendance de fond depuis 100 ans c'est la hausse et qu'à la fin, quoi qu'il se passe, les actions montent. Comme on n'a pas eu le courage de sauter dans le train au début de la hausse, on est frustrés et on ne veut surtout pas rater la suite, si il y a une suite.
Dans ce cas de figure, on achète à la première occasion, à la première faiblesse. Mais comme tout le monde guette la faiblesse, elle n'est souvent pas très faible, voir inexistante, résultat le marché tient tout là haut, scotché contre le plafond. Un « observateur » du marché le disait hier ; « j'attend une correction de 3-5% pour rentrer dans le marché, mais je ne suis même pas convaincu qu'elle se produira »...
Le choix numéro deux, c'est de jouer la baisse car nous sommes montés trop haut et trop vite. Du coup, même des « bulls » convaincus commencent à douter de la viabilité de ce rallye. Oui, la croissance peut repartir, soit. Oui, l'emploi peut s'améliorer, soit. Mais pour le moment, ne sommes-nous pas en train de comptabiliser un peu trop de choses qui devraient éventuellement peut-être se produire dans les mois à venir ? On peut se poser la question. Si l'on croit à cette théorie on devrait donc réduire notre exposition au marché des actions. Mais pour certains cette exposition est tellement faible que le faire équivaudrait à faire un pari risqué si le marché continuait sa marche en avant. Marche que l'on peut considérer comme injustifiée, mais comme à la fin de l'année le marché à toujours raison, on ne peut pas non plus expliquer aux clients que le marché à tort, que nous avons raison et que quand le marché se sera rendu compte qu'il a tort, à ce moment on va faire plein de fric.... Un gérant de fonds d'une grande banque m'avait déjà tenu ce discours il y a quelques années et croyez-moi, ça ne marche pas...
Toujours est-il que ces deux choix s'offrent à nous et qu'il n'est pas simple de choisir. Alors on se tâte et c'est là où nous en sommes ce matin. Très haut par rapport à il y a deux mois, mais peut-être encore très bas par rapport au 31 décembre et il nous faut trouver notre chemin jusque-là.
Pour le reste, il faut également reconnaître que les journées sont moyennement passionnantes. Dans le cas d'hier, heureusement que l'on pouvait parler de Jean Dujardin et du prix du pétrole pour occuper notre journée en attendant l'ouverture des USA, sinon on aurait pu retrouver des traders totalement sclérosés devant leurs écrans à l'heure du repas. Par moment j'ai même dû vérifier si mon Bloomberg était un vrai écran qui bougeait ou est-ce que c'était un écran de déco que l'on trouve dans les magasins IKEA pour présenter les meubles de bureau VALLVIK avec la chaise de bureau MARKUS et les roulettes PARAGRAF, le sous-mains en cuir KNÖS et le faux écran Bloomberg qui ne bouge pas. Hier j'avais à peu près le même sauf que finalement il s'est mis à bouger vers 15h30.
Pour être honnête, je pense qu'en ce moment il serait bon que les marchés européens se calquent sur les horaires de Wall Street, car les heures du matin ne servent pas à grand-chose.
Comme je vous le disais hier, heureusement que nous avons le pétrole. C'est donc officiel, alors que depuis des mois, tout le monde s'en fout du pétrole, que personne n'a remarqué ou presque que nous avions franchi les 100$, puis les 105, soudainement en ce lundi 27 février, le marché s'est réveillé en hurlant « OH MY GOD, le baril est est 110$ !!! Mais comment allons nous faire pour conserver notre croissance économique avec un baril si haut ??? Ouille, ouille, ouille, j'ai peur, parce que j'ai lu dans mes cours d'économie que le baril trop haut pouvait ralentir la croissance !!! Aïe, aïe, aïe, comment allons-nous faire ??? Au secours Monsieur Greenspan..euh non, Monsieur Bernanke, Greenspan c'est celui d'avant... »... Hier ce fût donc la journée du grand réveil, c'est vrai le pétrole à lâchement profité du fait que nous étions en train de prendre des cours de Mythologie Grecque pour subrepticement prendre d'assaut la barrière psychologique des 100$, et en ce lundi on s'en est rendu compte. Il était temps. Je commence à croire que le marché est incapable de suivre deux choses à la fois. C'est où la Grèce où le pétrole, mais les 2 en même temps, c'est exclu. A croire qu'il n'y a que des hommes dans ce marché ;-)
Hier le baril s'est calmé un peu, il est revenu sur les 108.04$ ce matin. Mais il est clair que tant que le cas de l'Iran n'est pas réglé, tout peut arriver. L'or est à 1771$ et j'ai le sentiment qu'il ne bouge plus. L'intérêt est au plus bas et plus personne ne semble tenir compte du fait qu'il existe, mais pas d'inquiétude, il revient toujours au devant de la scène quand on l'attend le moins et sachant qu'il peut guérir (presque) tous les maux, on devrait très bientôt reparler de lui. Il suffit qu'un rappeur se fasse refaire les dents ou change ses colliers pour la sortie de son nouvel album et le métal jaune prend 100$. Pour le moment l'once d'or est à 1771$.
Dow 12,982 -1 -0.01%
Nasdaq 2,966 +2 +0.08%
S&P 500 1,368 +2 +0.14%
FTSE 100 5,916 -20 -0.33%
CAC 40 3,441 -26 -0.74%
DAX 6,850 -15 -0.22%
FTSE MIB 16,309 -179 -1.09%
IBEX 35 8,537 +10 +0.11%
Nikkei 225 9,594 -40 -0.41%
Hang Seng 21,303 +85 +0.40%
Shanghai 2,553 -10 -0.39%
S&P ASX 4,351 -3 -0.08%
Ce matin l'Asie est un peu dispersée. Alors que Hong Kong remonte, la Chine baisse, on attend plus de nouvelles économiques pour y voir plus clair sur le marché chinois, Hong Kong pour le moment ne fait pas grand-chose si ce n'est fait le contraire de ce que fait la Chine. Au Japon c'est le secteur bancaire qui se porte bien en ce début de journée, en revanche on fait grise mine dans la technologie, ce matin le fabricant de DRAM japonais Elpida a annoncé sa mise en faillite, incapable de trouver une solution pour restructurer sa dette et encore moins la rembourser. Le secteur est un peu sous pression au Japon, mais en Corée, la concurrence se frotte les mains.
En Australie, Billabong, le fabricant de vêtements pour surfeur ou pour ceux qui ont envie de s'habiller comme des surfeurs pour faire comme si ils allaient aussi sur les vagues au soleil levant et que eux aussi si ils voulaient ils pourraient se laisser pousser les cheveux et rouler en Jeep Wrangler avec une planche sur le toit. Bref, Billabong a refusé l'offre de TPG Capital (rien à voir avec le tram 12 ou la mise en place des nouveau horaires genevois). La société de Private Equity a proposé 10% de plus sur l'offre de 3 dollars par action. Le board de Billabong a déclaré que ça ne représentait toujours pas la valeur réelle de la société et ils sont partis surfer en attendant que TPG offre 4$.
C'est un peu la même histoire chez Illumina. Roche a offert 44.50$ par action, Illumina a refusé, hier Roche a réitéré son offre, Illumina a refusé encore et Goldman Sachs est sur le coup pour trouver un acheteur qui est prêt à mettre au moins 60$ pour la société. Pour le moment le titre traite autour des 51,40$ et Roche ne semble pas disposer à payer plus. Pourtant le board d'Illumina, comme celui de Billabong crie partout et à qui veut bien l'entendre que ça vaut bien plus que ça !! C'est inouï comme on vous apprend à l'école que le marché à toujours raison, sauf quand c'est la direction des sociétés qui ont raison !!! Moi le jour où on m'offre 50 millions pour www.morningbull.ch, j'accepte et je pinaille pas...promis.
Hier soir en fin de soirée, les types de chez Standard & Poors ne savaient plus quoi faire de leur temps et comme ils n'ont pas d'amis et personne qui voudrait boire un verre avec eux, ils sont restés au bureau et se sont dit qu'il serait bien de faire une fois dans leur vie un truc intelligent. Comme ils n'ont pas trouvé quoi faire, ils ont décidé de faire une connerie à la place. Ils ont donc downgradé la Grèce sur « défaut sélectif ». Alors un truc pareil, ça mériterait un blog entier pour décortiquer un « rating » pareil. En résumé ils pensent que la Grèce va faire défaut mais pas vraiment, elle va faire seulement un petit peu défaut, pas partout. En gros c'est encore une aberration de la part d'une de ces agences de rating qui ne sert à rien. Je continue à proposer de faire un grand feu et de les brûler au milieu.
Tant d'inutilité me fatigue à un point c'est inouï...
Dans le reste des nouvelles du jour, on continue de parler de la participation de GM dans Peugeot, entre les dernières informations croisées entre Bloomberg, Reuters et la Tribune.fr, on parle d'une participation de 7%, on n'en sait pas plus mais les spéculations vont bon train. Hier soir François Hollande était sur TF1 et a déclaré vouloir imposer les « très riches » à hauteur de 75%. Et bien visiblement, il y a encore des forfaits fiscaux qui vont se négocier en Suisse et ailleurs. Effectivement avec un Président comme ça, vaut mieux être un français très riche à l'étranger.. Comme quoi pour que les Paradis Fiscaux existent, il faut des enfers fiscaux. La France semble prendre le bon chemin. Personnellement je ne suis pas un « très riche », mais ce genre de déclaration frise la connerie version XXL. Pourquoi pas 110% d'imposition et la prison à vie si ils ne payent pas dans les 30 jours.
Cette semaine il y a des wagons de placements. Hier l'Italie a réussi à lever 12.25 milliards à 1.2% sur 6 mois. Des taux jamais vu depuis bien longtemps. En novembre ils avaient du offrir jusqu'à 6.5% pour la même durée. Les temps changent et ils changent vite !! Durant la suite de la semaine, il y aura encore pas mal de pays qui vont se pointer pour demander de l'argent, mais au vu de comment cela se passe avec l'Italie, les choses devraient bien se passer pour le reste. A ce propos, vous avez vu comme en novembre et décembre on connaissait par coeur les auctions qui auraient lieu dans la semaine et que les gens ne parlaient QUE de ça ??? Et aujourd'hui, que dalle. A peine un entrefilet en page 34 juste après les nécrologies canines. Là aussi les temps changent.
Banco Santander est sur le point d'acheter la Poland Kredyt Bank pour 1.3 milliard. Le Barron's est positif sur Lowe et pense que la société à un avenir encourageant devant elle. UBS fait des commentaires positifs sur Intel. Selon le Barrons toujours, la plupart des Hedge Funds Managers sont toujours bullish sur le S&P500, même à ces niveaux.
Et puis le FBI a engagé Michael Douglas pour tourner une pub expliquant à tout le monde que «l'insider trading » c'est pas bien et que le « greed, finalement c'est pas good ».... On espère que cette vidéo va immédiatement faire stopper les méchants traders qui ont des informations de première bourre. La naïveté du FBI est presque touchante.
http://www.youtube.com/watch?v=SvuCGvziCVI
Côté chiffres économiques, nous aurons les Durable Goods, le Redbook, le S&P Case Shiller, le Consumer Confidence, le State Street Investor Confidence Index et le Richmond Fed Manufacturing Index, c'est bien ça fait trois jours de suite que l'on nous sort les Manufacturing Index de chaque région des USA pour bien nous prouver que tout va bien partout aux USA...
Ce matin les futures américains sont orientés à la hausse, on devrait donc pouvoir gratter quelques points à l'ouverture des marchés. Pour la suite il faudra attendre 15h30 et l'arrivée des ricains pour y voir plus clair. En ce moment le S&P Future est en hausse de 0.10%, soit c'est limite l'explosion et le Dow Jones pourrait peut-être enfin clôturer en dessus des 13'000, à vos casquettes et vos T-shirts !!!
Voilà, c'est tout pour aujourd'hui, moi je vais suivre un séminaire sur le cons et comment faire pour éliminer de votre environnement de travail avant qu'ils ne vous pourrissent trop la vie. Vaste sujet, mais on se retrouve demain pour parler boutique... Je suis sûr que François Hollande ou l'autre nain va nous sortir un truc brillant pour nous occuper un moment, ceci dit je suis content de ne pas voter en France, parce que là, j'avoue que cette fois, je ne saurais pas qui choisir... J'avoue qu'à la fin le type de chasse et pêche me paraît presque sympathique et compétent... Mais là n'est pas le sujet.. Je vous souhaite une excellente journée, que les Dieux de la bourse soit avec vous et que Gordon Gekko vous accompagne, mais attention hein, je compte sur vous, PAS D'INSIDER TRADING aujourd'hui, le FBI vous l'a dit, c'est mal..
Bonne journée et bon café !!!
Morningbull
« Il ne faut pas prendre les gens pour des cons. Il y a assez de cons qu'on prend pour des gens. »
Guy Bedos
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Commentaires
Bien merci pour tous ces commentaires tellement avertis et teintés d'humour.
Tous les matins ils me font passer un bon moment.
Vous devriez aussi examiner ce qui se passe en Belgique de temps en temps : il y a de quoi agrémenter les longues soirées d'hiver.
Cordialement
Alexandre Lazar
Ecrit par : Lazar | mardi, 28 février 2012
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