mardi, 06 décembre 2011

Merci S&P, je le reconnais, sans vous ça serait trop facile

 

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La semaine avait bien commencé. Les bases étaient claires, on allait attendre des informations en provenance de n'importe où en Europe pour se faire une idée de ce qui pourrait éventuellement peut-être sortir en fin de semaine lors du meeting magique de Bruxelles. Le plan d'austérité lancé par l'Italie au cours du week-end était déjà la pierre angulaire à ce début de semaine. La rencontre Merkel-Sarkozy de ce lundi était supposée être la suite du « plan ». En plus, globalement il faut reconnaître qu'un espèce de vent positif soufflait sur l'Europe et les intervenants, un peu comme si plus rien ne pouvait nous arriver, une espèce de certitude comme quoi il suffisait d'attendre la fin de la semaine pour avoir une solution que l'on savait positive (obligatoire, sinon la fin du monde est proche).

 

Ce vent de joie, de bonheur, de soulagement et d'une certaine forme de certitude n'allait pas durer très longtemps. Mais en Europe on ne cachait pas notre joie d'arriver enfin (peut-être) au bout du tunnel. L'Italie menait la danse, puisque son plan de serrage de ceinture était applaudit partout dans le monde, surtout par ceux qui n'en seraient pas victimes, car je ne suis pas sûr qu'en Italie la majorité applaudissait. Peu importe, pour le marché qui lui saluait la prise en main du pays par un Ministre qui montre la voie en refusant son salaire, en roulant italien et en prenant enfin des mesures concrètes sans fêter ça dans une maison au bord de la mer avec 50 prostituées. Le marché était reconnaissant aux décisions de Monsieur Monti, l'Italie terminait même en hausse de 2.9%, meilleure performance du continent.

 

Ensuite les annonces de Merkozy n'apportaient pas grand-chose, puisque les deux patrons de l'Europe (enfin, le patron et le chauffeur) annonçaient ce que l'on savait plus ou moins déjà ; leur intention de changer le traité de Maastricht permettant du même coup à l'Europe de mettre son nez dans les budgets des pays qui la compose, évitant du coup que n'importe qui fasse n'importe quoi et engage Goldman Sachs pour magouiller ses comptes et emprunter de l'argent. Cette révision du traité part d'un bon sentiment et devrait probablement être avalisée autour du mois de mars 2012, ceci supposant que l'Europe existera encore en mars 2012. ET C'EST LE POINT POSITIF des discussions d'hier ; Merkel et Sarkozy pensent que l'Europe existera encore en mars 2012. Quand aux modifications apportées à l'acte fondateur de l'Europe, elles ont surtout pour but que la crise actuelle ne se reproduise pas dans 10 ans quand le marché aura tout oublié des évènements de ces deux dernières années. C'est bien de penser à l'avenir, mais là il va aussi falloir penser à colmater la brèche de 160 mètres à l'avant du bateau Europe, parce que sinon dans dix ans ça sera chacun pour soi et ...chacun pour soi..

 

2.jpgPeu importe, tout ceci était de la « relativement » bonne nouvelle qui apportait de l'eau chargée de positivisme et d'optimisme au moulin des marchés du vieux continent. Et, in extenso au marché américain, puisque depuis quelques jours, les USA sont devenus un peu dépendant de nous, parce que ça les arrangeraient quand même bien que l'on s'en sorte, sinon une fois que l'Europe sera morte on s'intéressera un peu trop à leurs problèmes à eux et leur dette à eux... Donc les américains étaient également bien disposés, puisque comme le vieil adage le dit : « Quand l'Europe va, tout va ». Oui, je sais ce n'est pas un vieil adage, mais il y a des jours où ça convient pas mal. Les marchés américains saluaient la prise en main de la part des Gouvernements européens et étaient très heureux de voir que le rendement de la dette italienne revenait plus près de 6% que des 7...

 

Et puis, soudainement, alors que les Européens étaient devant leur télévision et finissaient leur dessert du soir, on s'est soudainement rappelé que le marché n'était pas guéri d'une maladie dégénérative et contagieuse : « l'organisme de rating » ou « agence de notation ». Cette saleté à peu près aussi agréable à voir arriver que la peste bubonique en son temps, a l'art de se faire oublier pour se pointer au plus mauvais moment pour gâcher la fête. En effet depuis les premières heures de cette nouvelle semaine, on commençait à se persuader du fait qu'il ne suffisait que d'acheter pour attendre la décision « forcément » positive des Européens, pour vendre sur la nouvelle, prendre les profits et partir en week-end. La semaine pouvait (presque) être une semaine « facile »... MAIS NON !!! Hier soir durant la séance américaine, le Financial Times a laissé entendre que S&P pourrait mettre tous les AAA européens sur leur liste de surveillance, immédiatement on assistait à une vague de ventes aux USA, ensuite Bloomberg confirmait la nouvelle et en remettait une couche avec le fait que S&P pourrait mettre 17 pays de l'Eurozone sur «surveillance négative », RE-vague de ventes. L'annonce définitive devait être faite après la clôture.

 

SUPER. On avait presque oublié que l'herpès existait, mais non, S&P s'est fait fort de nous rappeler qu'ils ont toujours le pouvoir de faire du mal au plus mauvais moment et qu'ils ont toujours le talent de nous raconter ce que l'on sait déjà avec une suffisance et une arrogance qui pourrait faire croire que c'est eux qui ont découvert que l'Europe n'allait pas bien.

 

Au final S&P nous simplifie encore une fois la vie. Il faut leur rendre hommage sur ce coup-là, car un bref instant j'ai failli croire que la semaine serait facile. S&P a donc décidé d'envisager d'éventuellement peut-être de baisser d'une note le rating des triple A suivant : Autriche, Luxembourg, Finlande, Pays-Bas et l'Allemagne. En ce qui concerne la France, S&P a révisé le communiqué de presse qui s'était malencontreusement échappé il y a quelques semaines et pensent éventuellement downgrader la France de DEUX notes... et paf. Ou comment devenir ami avec Sarkozy. Je serais un « top manager » de S&P, j'éviterais de venir en France faire mon shopping de Noël... Tous les autres pays de l'Europe sont également touchés par un downgrade de leur note sauf deux. La Grèce, qui est déjà sur : « bon à jeter » et Chypre qui a déjà été mis sur « bientôt bon à jeter ».

 

3.jpgEncore une fois les marchés ont subit et vont subir aujourd'hui la dictature des agences de notations. Ils ne nous apprennent rien, ils ne nous servent à rien, ils font plus de mal que de bien, mais nous, participants du monde merveilleux de la finance, nous continuons à leur attribuer une valeur et une quelconque importance. Je continue de penser qu'il faut les rayer de la surface du globe.

 

Bref, au-delà de la mauvaise nouvelle qui n'est que théorique, puisque c'est uniquement une « liste de surveillance » et pas un downgrade concret, cette décision remet en question l'existence même du fonds EFSF. Le fonds EFSF qui possède lui-même le rating de triple A attribué par les mêmes lobotomisés de chez S&P (un peu au même titre que les mêmes analystes avaient attribués des triple A à tous les produits badgés « subprime » en son temps). MAIS, parce qu'il y a un mais, si l'on retire le triple A de la France et de l'Allemagne, vu qu'ils sont contributeurs de ce fonds, on ne peut, du même coup plus attribuer le triple A au fonds EFSF et si l'on ne peut plus attribuer ce rating, les mécanismes de levier qui auraient pu permettre au fonds de participer de manière prépondérante au sauvetage de l'Europe vont tomber à l'eau et le fonds lui-même risque de perdre sa raison d'exister...

 

En faisant ce « call » hier, S&P a ouvert la porte à toutes les fenêtres, ainsi que la boîte de Pandore, cette annonce pourrait déclencher une sorte de contagion de problèmes dont on se serait bien passé en ce moment. En même temps, cette fois c'est certain, en fin de semaine les Rois de l'Europe n'auront plus le choix, ce n'est pas un tout petit pansement avec Mickey dessiné dessus qu'il faudra proposer, mais plutôt une chirurgie complète afin de colmater toutes les hémorragies. La semaine promettait d'être chaude, la température vient de monter d'un cran encore...

 

Je vous le dit, c'était BEAUCOUP TROP FACILE...

 

Si vous avez VRAIMENT envie de lire toutes les théories de S&P, vous trouverez tous les communiqués de presse ici :

 

http://www.standardandpoors.com/ratings/sovereign-actions...

 

 

Hier il y avait également des chiffres économiques, mais étant donné les circonstances, ils sont passés au second plan, l'ISM est tombé à 52 contre 52.9 le mois passé et les Factory Orders sont tombé à 0.4%, mais pour être honnête, c'est comme le prix de l'or à 1715$ et le pétrole à 100$ et des poussières, là tout de suite, tout le monde s'en fout. Le maître mot de la journée c'est « downgrade ». Merci S&P. On se réjouit déjà de voir les commentaires des deux autres abrutis (Fitch et Moody's) qui vont bien sûr se sentir frustrés de ne pas être sous les « spotlight », on peut donc encore s'attendre au pire.

 

Niveau des indices, comme la nouvelle de S&P a été confirmée uniquement après la clôture, les indices US sont parvenus à garder la tête hors de l'eau, positivisme européen oblige. Par contre depuis la clôture, les futures américains sont en baisse de 0.6% pour saluer la nouvelle et l'Asie suit comme un seul homme.

 

Dow Jones 12098 +0.65%

S&P500 1257 +1.03%

Nasdaq 2656 +1.10%

Londres 5568 +0.28%

Paris 3,201 +1.15%

Francfort 6,106 +0.42%

Milan 15,926 +2.91%

Madrid 8,706 +1.72%

SMI 5739 +0.37%

Tokyo 8,595 -1.16%

Hong Kong 18,890 -1.51%

Shanghai 2,426 -0.79%

Sydney 4,318 -1.40%

 

Ce matin le dollar est en hausse, pour des raison de S&P, les matières premières ne sont donc pas au meilleur de leur forme, les marchés asiatiques non plus. Le secteur bancaire, héro de la veille est la grosse victime du jour et pas besoin d'avoir fait math sup' pour savoir pourquoi. Les Australiens ont encore baissé leurs taux d'intérêts à 4.25%, c'est la seconde fois en deux mois.

 

La bonne nouvelle du jour c'est que la NASA a découvert une planète qui pourrait être similaire à la Terre, bien que 2.4 fois plus grosse que la notre, cette nouvelle planète, nommée Kepler 22b, (drôle de d'idée comme prénom) serait habitable et il y aurait de l'eau. Au cas où Merkozy ne trouvent pas de solution à l'Europe, il restera l'exode, car bien que cette planète soit distante de 600 années lumières, peut-être que ça ira plus vite d'y aller que d'attendre de trouver une solution européenne.

 

4.jpgPour les GRANDES NOUVELLES du jour, tout d'abord il y a tout d'abord le downgrade de S&P, ensuite le downgrade de S&P et puis quand on aura fini de parler du downgrade de S&P, ou pourra parler de RIMM qui est toujours un peu plus dans la panade, Apple qui continue de prendre de l'avance et des analystes qui se demande à quoi pourra bien servir la tablette playbook qui doit concurrencer l'iPad et si même cela vaut la peine de la commercialiser... L'analyste technique Tom De Mark pense que le S&P sera à 1330-1345 d'ici Noël. Tom De Mark avait prédit que le S&P corrigerait jusqu'à 1076 cet automne, il s'est arrêté 1074.77, maintenant il estime qu'il a enregistré le signal d'achat le plus fort depuis 40 ans. Selon lui la fin d'année sera explosive. Par contre la suite sera moins drôle, il parle même de correction massive. Le grand huit continue.

 

Nous sommes au mois de décembre et les stratèges sont de sortie. Tout le monde est en train de donner son objectif pour la fin de 2012. Pour le moment, une chose est sûre c'est qu'il y a une forme de consensus, la crise européenne va être la pierre angulaire de l'année à venir et même si l'on s'en sort, les mesures d'austérités vont tout de même mettre un frein à la croissance, cependant, comme les valorisations des actions sont extrêmement basse, il va falloir en avoir en 2012. Les objectifs sur le S&P sont assez conservateurs, bien courageux celui qui osera arriver avec un target 2'000 sur le S&P 500, pour le moment on est plus autour des 1350-1400, soit pas très loin de là où nous sommes et pas encore plus près de ce que De Mark prévoit pour Noël.

 

JP Morgan estime qu'il est temps d'acheter le secteur des semiconducteurs maintenant. Les prévisions et les estimations du secteurs devraient augmenter dans les semaines et les mois à venir alors que les commandes sont en hausse. Dans le Barron's, l'analyste technique pense qu'il est temps de se repositionner sur des titres comme Medtronic, Stryker et Boston Scientific après leur récente correction. Comme il le dit, ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort.

 

La Tribune.Fr revient sur le downgrade potentiel de S&P avec délectation, puisque que le 29 novembre, François Fillon avait déclaré que la Tribune disait n'importe quoi en publiant le fait que S&P pourrait mettre la France sur sa liste de surveillance négative. Il y a des jours comme ça, dans la vie d'un journaliste où ça doit être jouissif...

 

Côté chiffres économiques, nous aurons les ventes des grand-magasins, le Redbook et c'est tout.. pas de quoi renverser la vapeur. Pour le moment tout ce que l'on sait c'est que, même si ça fait mal à lire le downgrade de S&P n'est pas non plus une surprise majeure, mais l'ouverture en Europe risque d'être compliquée, comme dirait BFM Radio et on va tout de même se poser des questions sur la suite des évènements, car ce qui semblait clair hier matin est en train de prendre des allures de casse-tête chinois.

 

En regardant par la fenêtre, je dois reconnaître qu'entre le downgrade et la météo, je suis assez tenté de retourner me coucher. Dans l'intervalle, je vous souhaite un excellent café et un bon début de journée.

 

A demain


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07:20 Publié dans Market Comment | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | |  Facebook

Commentaires

N'étant pas très calé en politique italienne, j'aimerais savoir si ce premier ministre italien appartient à un parti ? Si oui a-t-il été élu ? En résumé faisait-il partie du gouvernement avant sa désignation ( pas élection!).

I paraîtrait qu'il travaille chez GS !(cool les cumuls qui peuvent rapporter gros,si l'italie devait être privatisée, je suis sur que ce premier ministre aurait du déclarer ses transactions ( long ou SHORT !!) sur la dette italienne)Alors qu'il abandonne ou non son salaire, celà fait rire.

Ecrit par : ? | mardi, 06 décembre 2011

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