mercredi, 30 novembre 2011
C'est moins pire, mais c'est pas terrible quand même
Une journée hésitante sur la plupart des marchés financiers. Même si certains terminent en hausse, comme la plupart de l'Europe, on sentait bien que c'était contraint et forcé. Pour l'instant on fonctionne toujours avec le même carburant : «l'espoir que l'Europe fasse un miracle ». Le problème, c'est que ce type de carburant il s'épuise super-vite. C'est un peu comme quand vous roulez en première à 9'000 tours avec un V12 à carburateurs, après 100 kilomètres il vous faut absolument trouver une station service, sinon vous êtes à pieds.
Lundi nous sommes monté sur un éventuel bailout de l'Italie qui ne vient pas pour le moment, mardi on montait parce que l'Europe avait des « projets » et que les ministres des finance devaient se voir pour signer l'accord sur le fonds EFSF, mais maintenant qu'ils se sont vus et qu'ils n'ont rien annoncé de neuf et que le fonds n'a pas été multiplié par 10 avec un coup de baguette magique, on se retrouve quand même un peu dubitatifs avec pas grand-chose dans les mains. Si ce n'est de devoir attendre le super-sommet du 8-9 décembre, mais vu le carburant qu'il nous reste, je ne sais pas si ça va suffire.
Hier, il y avait aussi l'auction des obligations italiennes. C'est intéressant, parce que d'abord on voit que l'appel au peuple a fonctionné et que les italiens qui peuvent souscrivent à l'appel de l'Etat, mais on voit aussi que ça ne va pas suffire et de loin. Et puis l'auction d'hier s'est « bien passée » selon les observateurs, quoi qu'à mon avis il faut tout de même un peu savoir raison garder, puisque le rendement de la dette est toujours largement au-dessus des 7% alors qu'il y a quelques mois nous étions nettement en-dessous de 5%, les coûts de l'emprunt sont montés de 25% en 30 jours. Néanmoins quand ça va mal, l'observateur moyen a tendance à appliquer la stratégie du moins-pire. Et c'est vrai que de ce côté-là, c'était « moins-pire » dans le sens que les acheteurs ont répondus présent, de ce point de vue là, ça c'est même mieux passé que l'Allemagne la semaine passée.
Mais tout de même, il n'y pas de quoi se relever la nuit et de danser tout nu sur la table, ça reste super pourri et se refinancer avec des rendements pareil n'augure rien de bon pour l'avenir. L'Europe semblait apprécier la nouvelle, mais ça reste globalement assez tendu, l'image que le marché me donne, c'est un peu l'alpiniste qui est accroché à la paroi par les ongles et qui n'est tenu plus que par un seul piton qui lui-même est en train de se desceller. Si les secours en montagne ne se pointent pas rapidement, ça va devenir très dur de rester accroché à la paroi avec les ongles.
Tout ça pour dire que le marché donne l'impression de monter sur des espoirs, mais que le concret tarde à prendre le relai.
Alors que American Airlines annonçait sa mise en en faillite, comme faisant part d'une stratégie commerciale, l'Europe hésitait quant à la direction à prendre durant la plupart de la matinée, les financières étant un peu secouées par les nouvelles annonces de downgrade probables de la part des « des serials downgradeurs » de chez Moody's, S&P & Fitch, mais finalement le secteur décidait de se moquer de ces annonces, surtout que ceux publiés finalement par S&P sont des ajustement techniques par rapport à la méthodologie interne de S&P et pas par rapport à un changement clair de situation des banques concernées. En gros, avant S&P prenait ses décisions avec des fléchettes, un jeu d'osselets et un pièce de monnaie pour jouer à pile ou face, maintenant ils vont passer la vitesse supérieur en ajoutant encore une nouvelles technique ; le chimpanzé. Oui, dorénavant aucune note ne sortira de chez S&P tant que « Bobo » le chimpanzé n'aura pas validé la décision. Et là, il a fallu faire un peu de « fine tuning » dans les rating actuels et comme le singe en question n'avait pas eu sa ration de bananes, il était de mauvaise et il a donc downgradé la plupart du secteur de la manière suivante :
BBVA (AA- to A+, negative), Banco Bradesco (still BBB, stable), Banco do Brasil (still BBB, stable), Banco Santander (still AA-, negative), Bank of America (A to A-, negative), Bank of New York Mellon (AA- to A+, negative), Barclays PLC (A+ to A-, stable), BNP Paribas (still AA-, stable), BPCE (still A+, stable), Citigroup (A to A-, negative), Commerzbank (still A, negative), Credit Agricole (still A+, stable), Credit Suisse (still A+, now negative outlook), Deutsche Bank (still A+, now negative outlook), Goldman Sachs (A to A-, negative), HSBC (AA- to A+, stable), ING Groep (still A, stable), Intesa Sanpaolo (still A, negative), Itau Unibanco (still BBB, stable), JP Morgan Chase (A+ to A, stable), Lloyds (A to A-, stable), Mitsubishi UFJ Financial (still A, stable), Mizuho Financial (still A, now negative outlook), Morgan Stanley (A to A-, negative), Nordea Bank (still AA-, stable), RBS (A to A-, stable), Societe Generale (still A+, stable), State Street (still A+, now negative outlook), Sumitomo Mitsui Financial (still A, now negative outlook), UBS (A+ to A, negative), UniCredit (still A, negative), and Wells Fargo (AA- to A+, negative).
Globalement l'impact restait relativement limité, puisque c'est plus un changement de méthode de calcul, qu'un changement structurel, mais tout de même, pour certaines banques ça ne fait pas plaisir et ça ne simplifie pas la manière de se refinancer. Citigroup a clairement manifesté leur désapprobation estimant que la nouvelle façon de calculer le rating ne s'appliquerait qu'à un pourcent de la banque, donc ne signifie que dalle. Ce à quoi à S&P a répondu : « Je m'en fou, c'est moi le chef, je fais ce que je veux parce que mon papa il est pilote de tank et si t'es pas content je te découpe la paix »...
Bref, dans la haute finance mondiale, S&P a downgradé les banques, c'est pas complètement juste, mais c'est comme ça.
Et puis il y avait les chiffres économiques. Un grand moment de bonheur hier. Tout d'abord le S&P Case Shiller, chiffres qui est un des baromètres du marché immobilier US. Je rappelle pour mémoire que si l'on veut que l'économie US reparte VRAIMENT, il serait bon que le marché de la pierre se bouge les fesses et fasse autre chose que se contenter de ne plus baisser. Surtout que si l'on en croit les chiffres, il continue de s'effriter, tout doucement mais de s'effriter quand même, hier c'était encore une déception, mineure soit, mais tout de même, après les donnés sur les nouvelles maisons en construction de lundi, il n'y a pas de quoi faire les malins. Ça coutera bientôt aussi cher d'acheter un pick-up F-150 Raptor que d'acheter une villa de 350 mètres carrés au bord du Golfe du Mexique, avec la vue sur les plateformes de forage de BP.
Si le chiffre de l'immobilier n'était pas top, heureusement qu'il y avait le « Consumer Magical Confidence ». Souvenez-vous, en octobre ce chiffre était immonde puisque la confiance se trouvait à 39.8. Avoir la confiance à 39.8, ça veut dire que quand on te demande : « Comment tu vois ton avenir en tant que consommateur toi ??? », ben tu réponds : « Oh, ce mois je me tâte, j'hésite je me sens en forme, mais mon patron me persécute, je ne la sens pas trop, à l'oeil je dirais 39-40... »... Ensuite on fait une moyenne de tous tes amis et hop.. ça donne 39.8... Mais ce mois c'est pas pareil, il y a bientôt Noël, les oiseaux chantent et le soleil brille, le plein emploi est à nos portes et le plus gros souci de la plupart des américains c'est de savoir où est-ce qu'il vont acheter une résidence secondaire et si le cuir de leur prochaine Aston Martin sera de couleur « beige alpaga du Pérou » ou alors « Noir charbon des mines du Nord de la France », du coup on a commencé par réviser le chiffre du mois d'avant (octobre), le passant de 39.8 à 40.9 et de sortir de celui de novembre à 56 !!!! Alors que les économistes qui ont fait plein d'études et qui bossent dessus depuis un mois attendaient ...44... Pas mal le ratage.
En même temps je me demande tout de même ce que le consommateur américain a bien pu fumer pour avoir un confiance pareille en ce moment, aucun doute, ça doit être de la « bonne », ou alors ils savent un truc que l'on sait pas, ou c'est parce que la NBA va finalement démarrer.. Je ne sais pas, mais c'est énorme, sachant que le chômage est tout prêt des 10% et que le nombre de familles qui sont dans la rue augmente sans cesse. Je commence à avoir un doute, je me demande si le sondage du Consumer Confidence n'est pas fait dans les bureaux de management de Goldman Sachs...
Ces « bonnes nouvelles » artificielles ont donné un peu de carburant supplémentaire au marché, mais en fin de séance on avait quand même l'impression que le coeur n'y était plus, la clôture n'étant pas ce que l'on peut qualifier « d'euphorisant ».
L'or grignote quelques dollars mais reste globalement assez calme et personne ne semble trop se préoccuper de lui. En revanche le pétrole grimpe sournoisement et discrètement en direction des 100$ et semble prêt à casser la résistance par surprise, il manquerait plus que les analystes pétrole se soient complètement gourés sur les chiffres des inventaires publiés ce soir et ça pourrait permettre au baril de franchir un pas important sur le chemin de son objectif de 135$ d'ici Noël, objectif annoncé par je-ne-sais-plus-quel-analyste, en tous les cas pas Murti de chez Goldman, puisque ça fait longtemps qu'il s'est fait enlevé par les extra-terrestres.. Ce matin le baril est à 99.19$ et l'once d'or est à 1727$.
Dow Jones 11556 +0.28%
S&P500 1195 +0.22%
Nasdaq 2516 -0.47%
Londres 5337 +0.46%
Paris 3027 +0.46%
Francfort 5800 +0.95%
Milan 14627 +0.34%
Madrid 8128 +0.10%
SMI 5531 +0.16%
Tokyo 8369 -1.28%
Hong Kong 17911 -1.89%
Shanghai 2469 -2.31%
Sydney 4160 -0.19%
Ce matin c'est la fessée en Asie, le piton semble avoir lâché sur la paroi et les ongles ne suffisent plus pour tenir. Ce mercredi étant le dernier jour de trading du mois et que ce dernier mois était plus pourri, les intervenants liquident les positions, surtout après une bonne semaine. On fait le grand-nettoyage et on sera prêt pour recommencer un nouveau mois dès demain matin. Pour le moment c'est le sell-off un peu partout et un peu sur tous les secteurs, les bancaires, les minières et la technologie sont sur le podium des « moteurs de la baisse » ce matin et pour une fois Shanghai suit le mouvement avec force.
Dans les nouvelles du jour, ce n'est pas Byzance, rien de neuf sous le soleil si ce n'est que les Grecs « semblent » avoir finalement décroché leur dernière tranche de 8 milliards d'euros. Ce prête qui n'arrivait jamais est donc finalement entériné et le Gouvernement Grec va pouvoir tenir quelques semaines de plus avant de se retrouver probablement dans le besoin à nouveau. Autrement on parle toujours de l'éventuel-peut-être-probable downgrade de la France, qui est la plus grosse préoccupation du marché en ce moment. En même temps la surprise sera totale le jour où...
Il est a noté également que, malgré ces deux jours de rebond, les articles sur l'avenir de l'Europe sont à peu près aussi encourageant qu'une publicité pour partir en vacances dans la banlieue nord de Bagdad. La plupart des articles sur lesquels je tombe au sujet de l'Europe ne parlent que de « perfect storm », de destruction de l'Euro sans compter ceux qui vous disent que si vous investissez en Europe, il vous manque une case. Pourtant hier, Warren Buffet s'est montré critique sur le « management » de l'Europe et de l'Euro, mais il est constructif sur les valeurs européennes, bien qu'il n'ait ni élaboré ses propos ni cité des noms sur lesquels il louchait.. le consensus sur l'Europe, son avenir et la manière de se sortir de ce gigantesque bourbier est globalemnt sur « pourri » à « très pourri », voir sans espoir.
L'ensemble de communauté des investisseurs est donc convaincu qu'on va encore se prendre une volée de bois vert et que ces deux derniers jours n'étaient que l'oeil du cyclone, là où tout se calme. Le pire semble donc à venir si l'on écoute le consensus.
François Bayrou veut se remettre à produire en France pour sauver le pays. Si on leur demandait, les Français ne feraient pas comme les Belges ou les Italiens, ils ne prêteraient pas au Gouvernement. A noter que le Black Friday n'a pas booster que les ventes des retailers, mais apparemment on n'a jamais vendu autant de voiture que vendredi passé, forcément quand tu vas faire du shopping que tu achètes 8 pc's, 4 écrans plats, 3 systèmes dolby-surround, un ours en peluche de 4 mètres de haut, un six-packs d'iPhone, à la fin il faut bien une voiture pour ramener tout cela à la maison (pour ceux qui ne sont pas foreclosés..).. Jamais on n'a vendu autant de voitures que depuis la prime à la casse d'il y a deux ans.
Hier Tiffany a sorti des chiffres canons, mais les prévisions n'étaient pas optimales ce qui a coûté 9% au titre durant la séance de mardi, mais le Barrons pense que la qualité des résultats va faire rapidement revenir les investisseurs sur la valeur. On parle déjà de mariage entre American Airlines et US Airways, c'est une affaire pour US Airways, puisqu'Americain Airlines ne vaut plus que le prix d'un Airbus A-320. En même temps je me demande si les ENORMES compagnies aériennes sont un business model qui a de l'avenir ?
Dans sa dernière lettre aux investisseurs, John Paulson se dit « déçu et s'excuse auprès de ses clients », l'exposition aux actions était trop grande et les prévisions bien trop optimistes. L'exposition a été drastiquement réduite récemment, mais la performance est toujours négative de 29 et 44% respectivement sur ses deux fonds. Il y a toujours un wagon de rumeur comme quoi un fonds privé serait sur le point de mettre la main su Yahoo ! Le titre vibrait sur la rumeur, on parle de 5 milliards.
Côté chiffres économiques, nous aurons les MBA Purchase Applications, le Challenger Job Cut, l'ADP Employment Report, Productivity & Costs, Chicago PMI, Pending Home Sales, Beige Book, Farm Prices et les inventaires pétroliers. Que dire ces chiffres ? On va surtout regarder l'ADP, histoire de voir ce que l'on peut tirer comme conclusions abracadabrantesques sur les indices que cela nous donne sur les Non-Farm Payrolls de vendredi, bien qu'une fois sur deux, ça ne marche pas... Mais au moins ça va nous occuper et nous ne parlerons pas de l'Europe pendant 5 minutes.. Pour le moment les futures américains sont en baisse de 0.53% et les bonnes intentions de vendredi semblent déjà derrière nous. Pas de doute, on veut du concret et les rêves ne durent qu'une nuit et encore...
En ce qui me concerne, c'est tout pour ce matin, normalement je vous retrouve demain, si j'arrive à me lever, parce que là c'est de plus en plus dur. Dans l'intervalle, je vous souhaite une excellente journée, un très bon litre de café et bon courage pour le combat qui vous attend !!!
A demain
Morningbull
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—Lyndon Johnson
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Commentaires
Vos chroniques sont hilarantes, surtout quand tout va mal. Mais de là à souhaiter la fin du monde, pas tout de même. On imagine bien le travail qui est le vôtre pour alimenter ce blog mais si vous pouviez nous accompagner aussi en 2012 à travers le tunnel avec vos éclairages , ce serait du pur bonheur. Avec mes cordiaux encouragements.
Ecrit par : Paul Marbach | mercredi, 30 novembre 2011
Bonjour et merci pour votre commentaire quotidien. Petite remarque cependant: le rating de Barclays a été downgradé d'un seul notch de A+ à A, pas A-. Et comme vous, j'apporte beaucoup d'importance au travail de titan abattu par les visionnaires/voyants de S&P, donc ce notch fait la différence ! ;-)
Bonne journée
Ecrit par : Jnlr | mercredi, 30 novembre 2011
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