mardi, 14 juin 2011
La semaine dernière et la semaine à venir
Tout d'abord, la première chose à noter est la déprime qui caractérise le marché des actions. Depuis le mois de mai ce n'était déjà pas facile, mais ce début du mois de juin ne semble pas vraiment mieux disposé. Cette semaine Wall Street a aligné sa sixième séance de baisse consécutive avant de présenter un rebond anémique et de replonger pour de bon en fin de semaine. Les semaines de baisses se suivent et se ressemblent, donc.
A côté de cela, il faudra tout de même retenir que les nouvelles du front, en ce qui concerne l'économie, sont pitoyables. Rien ne va. Les NON-FARM PAYROLLS d'il y a 10 jours nous avait déjà donné une belle confirmation, le recovery est en train de freiner des quatre fers et la faiblesse des données économiques laisse apparaître le spectre d'un éventuel double-dip dont personne n'aimerait vraiment voir le visage. Et pourtant, au rythme où l'économie ralentit il va falloir commencer à envisager la probabilité que nous soyons en train de nous diriger en plein dans le mur.
Les chiffres de cette semaine étaient moins mauvais que ceux de la précédente, mais c'est surtout le discours de Bernanke qui a tétanisé les investisseurs. Le patron de la FED a été sacrément timoré dans ses commentaires et on tous un peu l'impression qu'il essaye de garder le moral des troupes à la hausse, mais qu'il est un peu à court d'arguments. Il ne peu plus intervenir sur les taux, le QE2 arrive au bout du chemin et il semble que, pour le moment, la naissance d'un QE3 ne soit pas à l'ordre du jour. Le message qui provient de la FED semble positif, pourtant on a quand même l'impression qu'ils voient le verre à moitié vide plutôt qu'à moitié plein. De plus on a un peu le sentiment qu'ils ont tout donné et que les munitions viennent à manquer.
Le doute des investisseurs est compréhensible, étant donné que l'on ne sent pas vraiment passer de vent de positivisme dans la rue. Le chômage augmente, on ne peut pas dire que l'on crée des emplois, sauf chez McDonald's et la confiance du consommateur s'émousse de plus en plus en voyant que bientôt, il va falloir choisir entre nourrir sa famille ou sa voiture, car le prix des commodities, pétrole y compris ne cesse de monter. C'était encore le cas la semaine passé.
On retiendra également que les volumes sont en chute libre et que l'on a le sentiment que les vacances d'été ont déjà commencé. Du côté « micro », il n'y a pas de grandes nouvelles, la saison des résultats est encore loin et on s'intéresse peu à ce qui se passe dans les sociétés. Pourtant, le cash ne fait défaut à certaines, puisque International Paper a fouillé les fonds de tiroir pour trouver la monnaie suffisante pour acheter Temple-Inland pour 3 milliards. Ceci étant peut-être la seule nouvelle rassurante de la semaine ; le fait que les Blue Chips aient encore plein d'argent à dépenser. On retiendra peut-être également que le secteur financier a été un des secteurs les plus malmenés de la semaine, tout ne va pas pour le mieux pour les banques et la presse fait état de réduction de coûts massives chez les stars de Wall Street et Bank of America qui était censé être un « top picks » de l'année, se retrouve au plus bas depuis plus de deux ans.
On savait déjà de par les statistiques, que nous n'avions plus vécu une pareille série de séances baissières depuis deux ans, mais maintenant on sait aussi que le marché n'avait pas été aussi SURVENDU depuis des mois. Ce qui est peut-être un signe de rebond à venir dans les jours qui viennent, pour autant qu'il ne soit pas aussi pathétique que celui que l'on a vécu jeudi passé. Autre « preuve » à verser au dossier des Bulls, la volatilité. Alors que l'on ne cesse de baisser, tout se fait fait « propre en ordre », pas de précipitation, pas de panique chez les trader. Il y a comme une sorte d'acceptation dans la baisse, ce qui fait que la VIX ne monte pas et l'on dit qu'un marché qui baisse sans que la volatilité s'envole est un plutôt considéré comme un signe positif.
On ne peut pas entrer cette semaine dans les livres d'histoires sans avoir parlé du discours de Trichet à la tribune de la BCE jeudi passé. Trichet qui n'a rien dit et rien fait, si ce n'est de conserver les taux au même niveau et de dire qu'il était vigilant. Dire qu'on est vigilant, cela veut dire, selon les économistes que les taux monteront le mois prochain. N'oublions pas non plus que la crise grecque est toujours à son apogée. Le pays est toujours au bord du gouffre et les services de sauvetages (UE, BCE et FMI) ont de plus en plus de peine à se mettre d'accord sur la solution à adopter. Le seul point de concordance est le fait qu'il faudra un paquet d'argent puisque certains n'hésitent pas à parler d'un montant de 100 milliards au lieu des 60-65 que l'on chuchotait dans les ruelles d'Athènes.
Pour conclure, le seul endroit où il faisait bon vivre ces derniers jours, c'était avec l'or, puisque c'est le seul véhicule qui semble ne plus vouloir bouger, ni dans un sens, ni dans l'autre. Wall Street a donc enchaîné 6 semaines de baisse à la suite, les résistances technico-psycholgiques ont toutes cédées, la dernière étant les 12'000 sur le Dow Jones, niveau qui cédait déjà hier soir. Ensuite, tout le monde se concentrera sur THE support, les 1250 sur le S&P500, si celui-là nous saute entre les mains, la gentille prise de profits pourrait se transformer en méchant correction massive de 10-12%... en plus des 10 déjà perdus.
Il ne faut donc pas s'étonner si la semaine à venir est placée sous le même signe que les précédentes. La trouille, ça ne se commande pas et pourtant, pour l'instant ça reste une baisse, mais une baisse calme.
En ce qui concerne les sujets qui vont nous intéresser cette semaine, il ne faudra pas aller chercher bien loin. La Grèce et l'économie seront à nouveau au premier plan. Ce que l'on appelle la « Troïka » - (EU-BCE-FMI) vont DEVOIR trouver rapidement trouver un compromis pour sauver le pays de l'Olympe, car les CDS ne font que grimper et la crainte d'un défaut de leur dette ne fait que devenir de plus en plus insistant et on n'a vraiment pas envie de voir ça. Même si certains disent déjà que c'est inévitable.
Pour l'économie, nous aurons des chiffres économiques qui ont potentiellement une chance de nous donner la migraine. Il y aura le PPI et les Retail Sales ce mardi, puis, mercredi sera une grosse journée avec le CPI, l'Empire State Manufacturing Index, la Production Industrielle et les chiffres de l'immobilier. Jeudi sera le jour des mises en chantier et des demandes d'indemnité chômage et le Philly Fed. Vendredi sera le jour du Consumer Sentiment et des Leading Indicators. Sans oublier la Quadruple échéance des options et des futures, comme nous seront le troisième vendredi du mois. Bernanke sera de sortie mardi soir, puisqu'il sera invité à une conférence sur le Budget et sur le plafond de la dette US, que des sujets d'actualité.
Toute surprise positive dans ces chiffres sera considéré comme une bonne nouvelle, mais tout de même surprenante. On est maintenant habitués à prévoir le pire et c'est ce qui va peut-être nous permettre d'inverser la tendance alors que nous sommes entré dans une phase de fatalisme exacerbé.
La thématique de la hausse des commodities et de leur impact sur le consommateur va également être une chose dont on risque d'entendre parler. Puisque c'est officiel aux USA, il semblerait que l'on commence à faire à attention au remplissage du SUV et ceci « pourrait » avoir des conséquences sur le consommateur. Mais le pétrole n'est plus forcément l'unique problème, entre le café, le maïs, le sucre, tout augmente...
On craint aussi pour la vie de Nokia. Bien que les rumeurs les plus folles circulent sur le fabricant de téléphone mobile, toujours numéro un dans le monde en terme de volume, les CDS de Nokia atteignent des niveaux qui pourraient laisser entendre que la faillite est aux porte de la société. Même si Microsoft serait (dans les rumeurs) intéressé à reprendre le business de Nokia, la peur est omniprésente et même le Barron's dans son édition du week-end, préconise de ne pas toucher la société finlandaise.
Et puis, vu l'ambiance qui est clairement aussi joyeuse qu'un funérarium, il évident qu'il fallait s'attendre au retour de Nouriel Roubini. Avant d'aller plus loin à son sujet, je tiens à signaler qu'il a bien vu la crise du Subprime et que depuis il est presque aussi faux que la météo. Si vous l'aviez écouté à 666 sur le S&P500 vous seriez toujours short en attendant de voir les 300 dans votre viseur et vous trouveriez le temps long... Depuis, mis à part prédire la fin du monde dans d'atroce souffrances, il ne fait rien de plus. D'ailleurs ce week-end il nous a prédit que l'avenir était pourri et qu'il n'y avait que peu de chance que ça s'améliore... D'ailleurs pour 2013, il nous prévoit une « perfect storm ». On se réjouit. Si il est aussi juste que depuis deux ans, le Dow Jones devrait friser les 20'000 d'ici-là.
Une dernière chose à garder à l'oeil cette semaine, Hong Kong et Shanghai. Les deux indices sont sur des supports techniques qui sont plus que délicats. Si ces deux-là venaient à céder, 10-15% de correction sont à envisager sur les indices. Et comme l'économie chinoise est une des questions clé du moment, il serait malvenu que ceci se produise, la résistance à la douleur des investisseurs n'était pas leur qualité première en ce moment.
Et puisque nous venons de vivre notre 6ème semaine de baisse à la suite, voici ce qui se passe – après – selon les statistiques :
Bonne semaine.
Morningbull
http://morningbull.blog.tdg.ch
04:37 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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