vendredi, 03 décembre 2010

Si on parlait Insider Trading ?

Depuis quelques temps on parle beaucoup « d'insider trading » ou de délit d'initiés comme on dit chez nous, en francophonie.

 

En effet, depuis quelques semaines, les autorités américaines, SEC et FBI en tête se sont lancés dans une chasse aux sorcières afin de faire tomber un « soit-disant » réseau national composé d'analystes, de traders, de gérants de hedge funds et de quelques autres personnes bien informées....

 

Il serait peut-être bon de remettre l'église au milieu du village et de balancer quelques vérités à ce propos.

 

Tout d'abord, il n'est pas évident de dessiner la frontière entre un délit d'initié, de l'information boursière (d'où qu'elle vienne) et les réseaux de contacts, plus communément appelé « networking » outre-Atlantique (réseautage dans certains services de l'UBS)...

 

Prenons tout d'abord le cas du délit d'initié. Vous avez un investisseur qui reçoit une information de première catégorie, du style : « Salut, c'est Steve Jobs, je voulais juste te dire que demain on va publier les chiffres des ventes des iPads et c'est pas beau, on est nettement en dessous des attentes, il y Blackberry qui nous fait de la concurrence »... - Je précise que c'est de la science fiction - Si Steve Jobs vous fait la faveur de vous tenir au courant AVANT la presse (et encore, ça dépend quelle presse), c'est officiel, vous êtes un initié... Reste à savoir ce que vous allez faire de l'information... Si vous la gardez pour vous et que le lendemain de l'annonce, vous criez partout que « vous saviez ».. Tout le monde pensera que vous êtes soit mythomane, soit vous être stupide de ne pas en avoir profité sans rien dire à personne...

 

Si vous êtes un initié, il y a encore le degré avec lequel vous l'êtes... L'information boursière est un gros jeu de l'avion, un « sytème Ponzi » légal.. Si vous êtes le premier à monter dans l'avion, tout va bien. Si vous êtes le dernier, en général, ça coûte bien plus que cela ne rapporte.

Et puis il y a la manière d'utiliser l'information. Si l'on vous dit que dans quelques jours, Ciba et Sandoz vont mettre leurs forces en commun pour devenir Novartis... et que dans la foulée vous hypothéquez votre maison pour tout parier sur Sandoz, ça va se voir et ça va se savoir... Par contre, si vous êtes un richissime investisseur et que vous êtes bénéficiaire de la même info, vous pouvez acheter des futures sur l'indice SMI, comme Sandoz ET Ciba en font partie, en fusionnant, l'indice va exploser et vous allez gagner un max d'argent... Et du côté d'une éventuelle enquête, vous êtes imperméable étant donné que vous n'avez jamais acheté aucun des deux titres...

 

Et puis il y a celui qui achète des options avec un objectif trop élevé et qui se retrouve avec des options qui ne valent plus rien une fois l'annonce faite... Si, ça aussi, ça arrive.

 

Comme vous le voyez, ce n'est pas si simple de « recevoir l'information », après faut-il encore savoir l'utiliser.

 

Ensuite, il y a l'information boursière... ou la presse financière. Alors de ce côté c'est encore plus étrange car plus les médias évoluent, plus ils se modernisent, plus ils sont au courant des différentes fusions, acquisitions et autres opérations de capitaux, bien avant que l'annonce soit faite. Ce n'est pas que c'est nouveau, mais disons qu'il y a 20 ans, les journaux prenaient des paris, faisaient des suppositions, jouaient à pile ou face – comme les analystes font aujourd'hui – et ils avaient un taux de réussite à peu près aussi élevé que celui des analystes aujourd'hui...


Sauf que voilà. Depuis quelques années, les médias sont devenus beaucoup plus efficaces, avec l'arrivée des emails, des SMS, des « tchats », des forums et des signaux de fumée, les journaux ont commencé à être mieux informés, plus rapides... et surtout beaucoup plus justes... De nos jo urs, quand vous avez le Wall Street Journal qui vous annonce que Sanofi va faire une offre sur Genzyme, je peux vous dire qu'à 99.9%, c'est exact... Ils ne connaissent pas tous les détails, mais sur l'idée de base, ils ont raison...

 

Alors ? Si vous achetez le Wall Street et que vous achetez Genzyme à cause de l'article, c'est un délit d'initié ? Et le journaliste qui a écrit l'article ?? Le FBI l'envoie à Guantanamo pour le faire parler et qu'il donne sa source ??? Bien sûr que non, c'est du journalisme et la liberté de la presse aux USA est sacrée... (non, je plaisante...)... Toujours est-il que quand c'est un trader qui possède une information privilégiée, c'est un voleur et un escroc, quand c'est un journaliste, c'est un professionnel...

 

Avouez qu'il y a de quoi se poser des questions.

 

Toujours est-il que ce genre de situation n'est possible uniquement avec un bon réseau... Le Networking n'a pas été inventé en même temps que le Blackberry. Fonctionner avec un bon réseau a toujours été le secret des personnes influentes et bien informées. Même les « anciens funds managers » fonctionnaient avec cette méthodologie. Ce n'était pas un carnet d'adresses informatique, mais un Rolodex. Ce n'était pas par mail ou par SMS, mais par téléphone. Je suis archi-convaincu que les plus grands investisseurs de ces 50 dernières années ont tous, à un moment ou à un autre, appelé un contact dans une grande compagnie avant d'en acheter les titres.

 

Prenez l'exemple de Warren Buffet, quand il achète une société, il prend des positions suffisamment grosses pour pouvoir avoir un siège au « board » de la compagnie, vous croyez qu'il ne bénéficie pas d'informations privilégiée après ça ???

 

Nous avons tous besoin de se renseigner avant de prendre une décision d'investissement, il y a l'art et la manière. On a un réseau, on a confiance ou on ne l'a pas... Mais ce type de réseau existe depuis la nuit des temps et il continuera le jour ou le FBI aura disparu de la surface de la Terre.

 

Aujourd'hui les USA sont en plein scandale parce que plusieurs analystes, funds managers, traders et même mutuals funds - un peu plus malins que les autres - se sont mis ensemble pour partager des petites fractions de petits renseignement qui, mis bout à bout et interprétés vous permettent d'avoir une bonne idée de ce qui pourrait se passer. Si cela est un délit d'initié, j'ai peur que les prisons soient rapidement pleines à raz bord aux Etats-Unis.

 

Alors pendant que la SEC et le FBI se déchaînent en essayant de faire oublier leur absence lors de l'affaire Madoff, n'oublions pas non plus l'hypocrisie qui tourne autour de ces histoires... Tout d'abord il ne faut jamais oublier que la bourse c'est une circulation d'information et le premier informé est le vainqueur, pourquoi croyez-vous que les brokers ont des listes de « first call » qui regroupe leurs meilleurs clients afin qu'ils reçoivent les upgrades et les downgrades en premier ??? Juste par gentillesse???

 

Non, la règle dans ce jeu, c'est de savoir avant l'autre et de dire au suivant une fois que vous en avez profité vous-même, histoire qu'il aide à faire monter le titre et faire fructifier votre information..

 

Et puis, surtout, ne soyons pas naïfs... On voudrait tous être initiés. Le plus énervant, c'est quand vous ne saviez pas. Alors c'est clair que si ceux qui savaient peuvent se faire punir, ça soulage. Mais à la fin, c'est une forme de jalousie...

 

En conclusion, les opérations d'initiés existent, existaient et elles existeront toujours. Il y en a tous les jours et cela continuera tant que la bourse existera. Ce n'est pas les instances officielles qui pourront y faire quelque chose. Si l'insider trading est une maladie, alors elle a été transmise par le système capitaliste... Il faut vivre avec parce que visiblement, ce n'est pas près de se terminer.

 

Morningbull

 

 

17:58 Publié dans Articles et documents divers | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | |  Facebook

Commentaires

Bonjour Morningbull,

C'est vrai que les délits d'initié existeront toujours.

http://www.tdg.ch/geneve/actu/bcv-licencie-haut-cadre-delit-initie-2009-06-19

Il faut tout de même savoir que plus le montant est important, plus cela peut mettre la puce à l'oreille aux autorités financières. Mais je pense que si l'on a une conscience professionnelle, on est pas "à l'aise" si l'on commet un délit d'initié. Preuve en est l'article que je vous ai mis en lien.

MS

Écrit par : Yasmine Aldeeb | samedi, 04 décembre 2010

Les commentaires sont fermés.